Fracture de fatigue : mon expérience et mes enseignements

Un entraîneur m’avait dit qu’un athlète se blessait systématiquement l’année de la naissance de ses enfants. Je ne sais ni si cette règle est vraie, ni si elle se vérifie empiriquement. Je n’ai néanmoins pas été l’exception qui confirme la règle… Fin 2025, en pleine prépa marathon. À trois semaines de la course. À une semaine de l’affûtage. Après un RP sur 10 km. PAF !!! Le destin m’a rattrapé, m’a cueilli lors d’une sortie longue. Et je vais vous raconter ça.

Le premier signe est apparu deux semaines avant le PAF : une tension à l’arrière de la jambe gauche. À ce moment-là, ce n’était qu’une petite contracture. Avec une charge d’entraînement importante, je trouvais normal de ressentir quelques douleurs passagères. Je pouvais courir sans impact sur mes performances à l’entraînement et j’attendais la phase d’affûtage avec impatience pour soulager tout ça. Mais la gêne est devenue exponentielle à mesure que l’on se rapprochait du PAF. Les joggings sont devenus désagréables. Difficile de s’évader dans ses pensées ou de se laisser divaguer avec une douleur terre à terre, qui mesurait le temps qui passait à chaque impact au sol. Le jour du PAF, j’ai rejoint mes camarades à vélo afin d’éviter tout excès de volume. Signe que je me sentais déjà à la limite. Ce fut la dernière sortie de ma prépa marathon.

Quelques heures après le PAF, les muscles avaient refroidi. Faire 10m me prenait dorénavant une bonne minute, bien loin de mes standards. Une décharge dans toute la jambe me saisissait à chaque pas. Après quelques recherches sur la toile et grâce aux connaissances innées en anatomie, caractéristique propre aux coureurs, je pose mon diagnostic : j’ai un syndrome du piriforme ! L’avantage, c’est qu’en quelques séances d’ostéo et avec une semaine de repos, je pouvais reprendre mon programme et toujours courir le marathon 3 semaines plus tard. Le lendemain, mon rendez-vous chez l’ostéo est pris. Il confirme mon diagnostic et commence des soins avec des ventouses et des aiguilles. J’étais rassuré et content d’avoir le même look ventousé de Michael Phelps aux JO de Rio. Après 2 semaines, 4 séances d’ostéo et 285€ non remboursés, je ne peux toujours pas courir plus de 500m. L’espoir a disparu et le doute s’est installé sur les compétences de l’ostéopathe pour résoudre ce mal qui me ronge et me détruit. 2 semaines après le PAF, 1ère bonne décision : on va demander l’avis d’un médecin ! 

Médecin du sport trouvé et IRM réservée dans les jours qui suivent. Le verdict tombe, on est 3 semaines après le PAF et je découvre que j’ai une fracture de fatigue à la hanche (au sacrum et j’en profite pour remercier ma femme qui a répété scrotum à tout le monde). Les aiguilles et les ventouses n’y pouvaient rien. Avec cette information, plein de nouvelles questions : Qu’est-ce que c’est ?  Comment est-ce que ça se soigne ? Quand est-ce que je pourrais reprendre le sport ? Mais surtout : Qu’est-ce qui l’a causée ?

Pour les premières questions, les réponses sont rapides : la fracture de fatigue est une fissure dans l’os, où l’os n’est pas totalement rompu. Fun fact : ça se traduit par stress fracture en anglais. Donc chez les Britons, rien à voir avec le fait d’être fatigué mais plutôt d’avoir accumulé trop de stress physique et/ou mentale. Il faut 6 à 8 semaines de repos et faire du kiné grosso modo. Maintenant, qu’est-ce qui l’a causée ? Après une introspection, des analyses de sang et plusieurs séances de kiné ; pour mon cas, les causes semblent être les suivantes : importante charge d’entraînement, un changement d’habitude de sommeil lié à la paternité, carence en vitamines B9 et B12 (les mêmes que les végans … ), pas assez de renforcement musculaire et la cerise sur le gâteau une mauvaise technique de course sur mes joggings (foulée trop grande et fréquence de pas trop faible). Evidemment j’ai retenu que ce qui m’arrangeait, donc les raisons de ma fracture sont que je ne mange pas suffisamment de viande et que je ne sais pas courir lentement. Pas nécessaire d’épiloguer sur le 1er point, mais le 2ème méritera clairement son article sur le blog ! 

On est maintenant presque 4 mois après le PAF, et je garde 3 enseignements de cette expérience. Le premier, c’est d’éviter l’auto-diagnostic et ceux qui y croient mais de s’orienter vers les professionnels de la santé, ceux que la Sécu rembourse, pour établir le diagnostic et un protocole de soins. Le second, c’est qu’il est difficile d’expliquer une blessure par une cause simple. C’est souvent plein d’éléments, qui, accumulés, ont engendré une blessure. Et le dernier, c’est qu’on sous-estime la chance qu’on a lorsqu’on parvient à s’aligner sur la ligne de départ d’une course après une prépa complète et sans bobo. Il faut mesurer et chérir chaque occasion de participer à une course au top de nos capacités car c’est finalement assez rare. Alors pensez bien à faire des photos mentales la prochaine fois que cela vous arrive, de vous pincez pour être sûr que vous n’êtes pas en train de rêver et surtout de le mettre sur Strava ! Mais toujours En Mode Running.

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