Cet été, L’Equipe publiait un article sur le Naked Run, nouvelle pratique émergente qui consiste à courir … sans objet connecté au poignet, autour du torse, dans les oreilles, au biceps ou à l’index (la bande nasale et les lunettes aérodynamiques restent, pour l’instant, tolérées). Les naked runners, prônent un retour à l’essentiel : courir pour apprécier une belle lumière, sentir la forêt, effleurer les épis de blé du bout des doigts. Fini le « si à 50 ans tu n’as pas une Garmin, t’as raté ta vie ! ». Cette tendance, Dieu merci encore marginale, soulève quand même deux questions intéressantes : Peut-on s’entraîner et progresser sans montre connectée et sans collecter de data ? Et surtout pour quelles raisons court-on avec une montre ?
L’utilisation standard d’une montre connectée se résume à 3 fonctions : le métrage (temps ou distance), la planification et le suivi de la charge d’entraînement. Individuellement, chaque fonction est remplaçable. Le métrage : il suffit d’avoir un chronomètre ou courir sur une piste (le tartan sacré). La planification de séance : au bout de quelques années, je crois que je connais à 100m près la distance de chaque stade, bois, périmètre de lac ou parcours autour de chez moi. Et la charge d’entraînement, une bonne feuille excel pour suivre son volume hebdomadaire et du bon sens pour ne pas passer de 2 à 6 séances par semaine en quelques jours. Néanmoins, c’est tellement agréable de regarder ses performances, voir ses progrès sur des graphiques, scroller son appli pour confirmer que c’était une bonne séance. Alors pourquoi s’en passer ?
1 – Le Strava Addict :
Le Strava Addict commente chacune de ses sorties. Un devoir l’incombe, une pulsion dont on ignore s’il la contrôle ou non ; il faut qu’il donne une clé de lecture de sa séance à sa commu ! Si vous ne suivez pas sur Strava, vous le reconnaîtrez à son reflex de couper sa montre à chaque feu rouge. Mais un mal le ronge : que faire des jogs faciles ? Faut-il tout mettre en ligne ? ou juste les grosses séances ? Une petite description de la séance et des sensations suffira à lever tous les doutes. L’avantage ? Il est une base de donnée vivante ! Ses séances d’intervalles ou ses itinéraires, tout est récupérable !
2 – L’Extra-Terrestre :
« Strava, t’écris ça comment ? » L’Extra-Terrestre sort tout droit d’un épisode du 70’s Show. Ses idoles ? Michel Lane et Ludovic Pommeret. Son style vestimentaire ? Polo, short, chaussures de trail, à la ville comme à la course. Sur sa montre, il n’a pas le GPS. D’ailleurs sa montre on lui l’a souvent donnée et il n’a jamais téléchargé l’appli assoicée. L’avantage ? Il nous fait sentir dans la vague et il a des références retro. On lui parle de la dernière dinguerie de Killian Jornet, il nous répond Anton Krupicka et Sangé Sherpa.
3 – Le Coureur Quantique,
Le coureur quantique, c’est le fantôme de Strava. Il n’a aucun run publié sur Strava depuis des mois. Il pratique les Runs de Schroedinger. Comme sa sortie n’est pas sur Strava, elle a eu lieu et pas eu lieu en même temps. Souvent c’est un repenti. Après avoir saturé tout le monde de stats pendant des mois et 3 réels Instagram plus tard et il a viré de bord. Désormais, il n’a plus qu’un mot à la bouche : plaisir. Ses KPIs ? « Je m’écoute ». Oui … Mais est-ce que ça mérite des kudos ?
Difficile, malgré tout, de remettre en question l’utilité de la montre pour s’entraîner en course à pied. Elle est, par ailleurs, certainement à l’origine du succès communautaire de la pratique de la course à pied. Mais pourquoi ne pas se laisser tenter par une ou deux sorties « naked » ? Au moins atténuer les traces de bronzage. Mais toujours en mode running !

